La Maison des rêves de Nora Hamadi aux éditons Flammarion
Chronique personnelle sur un livre nécessaire
J'ai ouvert La Maison des rêves de Nora Hamadi. Dès les premières lignes, quelque chose m'a saisie. Je lui ai envoyé un SMS : "J'ai acheté ton livre, mais il faut que j'attende avant de le lire. Dès les premières lignes, je sens que je vais être bouleversée." J'avoue, je traversais un de ces moments de vie qui vous laissent à nu, vulnérable. Je n'étais pas prête.
Quelques jours après, j'ai repris ma lecture. Parce que cette sensation était trop rare pour la laisser passer. J'avais envie de retrouver la voix de Nora, cette voix qui confie avec douceur, comme une confession chuchotée.
Nora, je la connais depuis longtemps. Nous nous sommes rencontrées à i>Télé il y a des années, quand elle y était stagiaire. J'étais alors attachée de presse au Haut Conseil à l'Intégration. Une situation délicate nous a rapprochées ce jour-là.
Aujourd'hui, elle est devenue une des voix que j'écoute chaque matin sur France Inter à 8h45, où elle conte la revue de presse comme une histoire. C'est exactement ce qu'elle fait dans ce livre.
Dans ce livre, Nora ne raconte pas sur la banlieue. Elle parle depuis sa banlieue qui l'a vue grandir. Depuis Longjumeau, depuis la Rocade, et surtout depuis cette Maison des rêves, un lieu collectif aujourd'hui disparu où on créait, où on apprenait ensemble. Un village peuplé de vies venues d'horizons différents, tissées ensemble.
J'ai reconnu là quelque chose de familier. Moi, Française et Antillaise, métisse dans mes racines comme dans mon parcours, j'ai senti vibrer cette mémoire des communautés qui se croisent, se parlent, se nourrissent les unes les autres.
Vingt ans après les révoltes de 2005, Nora pose la question : qu'avons-nous fait de ces quartiers ? Elle raconte l'effritement. Le retrait des services publics, la fermeture des structures associatives, la fragmentation sociale. Son essai est comme une véyé, cette veillée antillaise où l'on reste auprès de ce qui s'en va, où l'on chante pour ne pas oublier. Une véyé pour ce qui fut promesse d'avenir.
Pas seulement pour un quartier, mais pour une certaine idée de la France.
Une chose que je ne lui ai pas dite : j'ai voulu acheter son livre dans une vraie librairie, pas sur Amazon.
Je l'ai trouvé relégué sur une étagère au sous-sol, avec d'autres essais et livres aux visages de couleurs différentes, sauf blancs, dans un coin. Il a fallu le chercher longtemps. "Il y a beaucoup de nouveautés", m'a dit la vendeuse. "Oui c'est ç'la oui."
J'étais dépitée, presque choquée.
Parce que ce livre parle de nous.
De nos choix. De ce que nous acceptons de voir et de ne pas voir.
Lire La Maison des rêves, c'est accepter de ne plus dire "je ne savais pas".
C'est accepter de regarder ce que nous sommes collectivement devenus.
Et peut-être, ensuite, décider autrement.
Cette histoire est un miroir tendu à aujourd'hui. Un miroir qu'on aurait dû regarder vraiment, autrement. Parce que la France EST métisse. Pas seulement dans ces quartiers qu'on relègue, mais partout. On a trop souvent choisi de fermer les yeux. Et les structures. Et les promesses. Mais il reste ceux qui refusent l'aveuglement. Ceux qui résistent. Qui regardent. Qui racontent. Comme Nora.
À propos La Maison des rêves éditions Flammarion de Nora Hamadi est disponible en librairie. Retrouvez Nora Hamadi sur France Inter du lundi au vendredi à 8h45 pour sa revue de presse, où elle raconte l'actualité comme une histoire.