Sortir de l’ombre pour sa lumière
Réflexion sur le courage d'être soi
"Puisqu'on ne peut pas effacer son enfance, puisqu'on ne peut pas se faire aimer de l'homme que l'on aime, alors il faut vivre sans. Vivre sans. Ce n'est pas facile, mais on finit par y arriver."
Maryse Condé, Désirada
L'ombre ne combat pas la lumière, elle la révèle.
Au théâtre comme dans la vie, nous naviguons dans des espaces où différentes réalités coexistent. Où le mouvement dialogue avec le silence. Où la vérité se révèle non pas dans ce qu'on montre, mais dans ce qu'on ose habiter pleinement.
Parfois, par peur, on choisit l'ombre. On montre un visage qui n'est pas le nôtre. On blesse pour se protéger, ou pour protéger ce qu'on croit nous appartenir.
Mais la vraie protection ne vient jamais de la blessure qu'on inflige.
Elle naît du courage d'être soi. D'assumer qui l'on est, sans peur. Le courage de descendre librement dans l'ombre, comme un enfant qui apprivoise le noir et découvre qu'il n'y a pas de monstre. D'apprendre qu'on peut exister pleinement en étant respecté.
Que notre lumière ne menace pas celle de l'autre.
Qu'on peut habiter l'ombre et la lumière sans se perdre.
Vivre sans. Et découvrir qu'on peut aussi vivre avec.
Avec soi. Avec sa vérité, pleinement assumée.
L'interprétation au théâtre comme dans la vie, c'est exactement cela : choisir ce qu'on habite pleinement, sans peur.
Puiser dans sa vérité pour habiter une autre vie. Se détacher de sa vraie vie.
C'est une interprétation. Ça demande du courage, du professionnalisme, du travail, de l'intelligence et de la gratitude.
Ce travail avec David Blamèble n’a pas seulement été une collaboration artistique.
Au départ, il était “le musicien”.
Peu à peu, il s’est engagé dans l’interprétation, dans l’écoute du texte, dans le souffle du corps. Jusqu’à devenir, comme il le disait lui-même, ma colonne vertébrale.
Présent, stable, impliqué.
Là, même quand moi, l’interprète, je flanchais.
Cette traversée entre l’intime et la scène, portée ensemble dans le spectacle "Enfin libre, Désirada", d’après l’œuvre de Maryse Condé, continue de nourrir ma réflexion et mon travail d’accompagnement des artistes au sein de la compagnie
Comment créer ensemble dans un espace où chacun peut exister dans sa vérité, dans sa liberté, le temps d'une création ? Artiste face à artiste, chacun dans sa vérité, sans domination, sans masque.
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