Nathaly Coualy
Comédienne, auteur, metteur en scène, enseignante de Kundalini yoga

Une photo, une histoire
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Ce matin là, le New York Times publiait une annonce de casting pour figurants. Je ne me savais pas encore comédienne. Étudiante à la New York University en journalisme, (je me formais à devenir TV host and reporter),  j’étais friande de petits boulots pour arrondir mes fins de mois.

L’annonce indiquait Woody Allen comme réalisateur. « Great ! » je me suis dis, sans imaginer que la file d’attente s’étirerait sur un block ! Quand on sait que dans Manhattan, un bloc mesure 80 mètres d’une rue à l’autre et 274 mètres d’une avenue à l’autre. Nous étions entre la 5ème et Madison avenue. J’avoue avoir été un peu découragée. 

Inspirée ce matin là, j’avais mis ma photo dans une enveloppe, au cas où et j’ai décidé de la glisser dans la boite aux lettres que je ne voyais pas.

Mon courage à deux mains, j’ai grimpé les quelques marches pour rejoindre l’homme qui gérait les entrées et lui demander de bien vouloir remettre ma photo au directeur de casting. Advienne que pourra. 

A peine ai-je eu le temps de finir ma phrase, que je l’entendis me dire « go ! »

Surprise, je pensais avoir mal compris :

«  Excuse me ?

- Go ! go ! go ! » et d’un mouvement de tête me fit signe de passer.

 Je me suis retournée vers ma copine restée au bas de l’escalier, elle me donna sa photo, et je m’avançai dans un long couloir menant à d’autres escaliers.

En 3 minutes à peine je  me retrouvai face à Woody Allen, Soon-Yi Previn sa femme et leurs assistants.

Je n’en croyais pas mes yeux. Ils me posèrent quelques question, mon nom, mon âge, ma taille, mon origine « Yes I am from Guadeloupe, in the French West Indies, but I used to live in Paris, France » ...

Avec un polaroid ils ont immortalisé ce moment gravé à jamais. Ils me promirent de me rappeler pour une réponse positive ou négative. 

Abasourdie, les jambes tremblantes, je suis repartie hallucinée par ce qui venait de se passer puis j’ai marché, marché  sur la 5ème avenue, en planant, me demandant si je n’avais pas rêvé. Je marchais au centre de l’avenue, la rue était bloquée par un tournage mais j’avançais, j’avançais.

Un regard attira mon regard. Il était assis derrière une montagne de boites en cartons, comme s’il voulait se cacher, je voyais bien qu’il n’était pas un clochard, je le trouvais pas mal du tout, nous nous sommes souri et au moment où je retourne la tête, je réalisa d’un coup l’adrénaline au ventre, que c’était Brad Pitt ! Mes jambes déjà faibles n’étaient pas sont pas loin de m’abandonner.  

Je demandai alors au ciel si ses blagues allaient bientôt se terminer, parce que mon cœur malgré son jeune âge risquait d’imploser. Tout en poursuivant mon chemin, je n’osai jamais me retourner,  ma petite voix intérieure me reprochait de ne pas avoir engagé la conversation, de ne pas avoir fait demi-tour, ne pas avoir ceci ou cela, bla-bla-bla. 

C’était un sacré jour de synchronicités, c’était NYC !

Quelques  semaines plus tard, dans une boite de nuit de Manhattan, je faisais partie des figurantes, noyée parmi tant d’autres, mais who cares, avec Woody Allen, et ses acteurs et la grosse équipe de tournage de nuit. 

C’était énorme ! 

Cette histoire m’a marquée à vie car elle pointa son doigt sur l’imprévisible. 

Même le fait que quelques années plus tard, je me révèle comédienne à Paris. 

Quand je vois à quel point je dois faire des pieds et des mains pour obtenir une figuration, que je n’obtiens pratiquement jamais d’ailleurs pour ne pas être assez caucasienne, ou assez jeune, ou assez vieille ou assez je ne sais pas, alors les rôles n’en parlons pas, je reste toujours dans mon même état d’esprit, ce qui doit arriver, arrive. 

Notre place est quelque part, et notre manière d’y arriver ne ressemble à aucune autre.

Rien n’est définitif, tout peut basculer. 

Un jour dans la lumière, un jour dans l’ombre. 

Je crois en la lumière que nous devons trouver dans l’ombre, elle est là, à être aimée, à être comprise, à faire avec.

Tout bascule, tout circule, rien n’est figé .

Bon, je ne me suis pas trouvée dans le film « Célébrity » de Woody Allen, pourtant j’ai bien regardé, cherché avec arrêts sur images et tout, vue de la lune, c’est drôle, et quelle expérience et quelle leçon. Quel souvenir !

J’y pense souvent pour rappeler de tenir bon, de poursuivre mes rêves, d’oser être qui je suis et surtout d’écouter ma vie, la lire comme un livre car demain on ne sait pas. 

Et c’est ça qui est bien, car c’est laisser la chance aux surprises, aux miracles de la vie. J'ai pris la décision d’y croire, de leur donner des coups de pouce en n’oubliant pas que notre chemin est unique et parfait à condition d’oser être soi.


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